Laissez-moi vous raconter la fabuleuse légende de la réforme!

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Il m’est difficile d’entendre et de lire continuellement toutes sortes de commentaires à l’égard de la réforme du système éducatif québécois. Si vous me le permettez, laissez-moi vous raconter cette belle légende…

La réforme, quelle réforme?

Depuis de nombreuses années sur le terrain comme enseignant et conseiller pédagogique, je peux vous affirmer que le projet de réforme annoncé en 2005 ne s’est jamais véritablement concrétisé dans le milieu. Si je peux me permettre une tel propos, c’est que des centaines d’enseignantes et enseignants du primaire et du secondaire me l’ont confié! Plusieurs m’ont avoué, à voix basse, ne pas avoir effectué de réels changements liés à la réforme dans leur enseignement. Comprenez-moi bien, la plupart des enseignants désirent s’améliorer et se donnent corps et âme, chaque jour, pour contribuer à la réussite de leurs élèves. En fait, le concept de réforme représente, depuis plusieurs années, un vulgaire fantôme qui plane au-dessus de la tête des enseignants, des membres de direction ainsi que des conseillers pédagogiques. Nous n’en sommes plus là.

La réforme déformée

D’une part, les détracteurs de la réforme frappent le même clou en nous martelant qu’il faut enseigner des connaissances et non des compétences. Je les invite à jeter un coup d’oeil à la Progression des apprentissages des différentes matières au primaire et au secondaire. On y retrouve des centaines de notions clairement réparties par niveau qui doivent être obligatoirement enseignées. Par exemple, la compétence à écrire demande un tas de connaissances à maîtriser. Contrairement à ce que certains se plaisent à penser, les enseignants n’ont pas arrêté d’enseigner ces contenus! Ce qu’il faut comprendre est que connaître une règle de grammaire et même réaliser des exercices avec succès ne garantit pas le transfert en contexte d’écriture. Les connaissances sont évidemment nécessaires, mais pas suffisantes pour développer la compétence à écrire.

D’autre part, voici une capture d’écran de ce qui était proposé comme approches pédagogiques à la page 8 du document sur le Renouveau Pédagogique publié en 2005 par le MELS. (http://www.fcsq.qc.ca/fileadmin/medias/PDF/452755.pdf)

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Plusieurs ont vu dans la réforme que la pédagogie par projet était la seule à privilégier. Cette « déformation », qui ne date pas d’aujourd’hui, fut tellement véhiculée dans les médias et le milieu scolaire qu’elle a largement contribué à dénaturer les fondements de la réforme. Le lien entre la réforme et l’idée de «faites-de-beaux-projets-et-laissez-les-élèves-apprendre-tout-seuls» se solidifiait de jour en jour. Étrangement, ce que je lis et comprends du document d’origine n’est qu’un appel au choix des stratégies d’enseignement afin de rendre l’élève plus actif. En passant, la pédagogie par projet est très peu utilisée dans les écoles québécoises!

Prêts, pas prêts, faites la réforme!

Bien que les assises du projet m’apparaissaient fort intéressantes, la tentative de mise en oeuvre fut plutôt catastrophique. Je fus moi-même un témoin privilégié comme enseignant de français au secondaire. Le problème, à mes yeux, ne consistait pas à ce qui nous était présenté par les conseillers pédagogiques, jetés précipitamment dans la fosse pour l’occasion. En fait, le MELS à l’époque avait, de toute évidence, négligé quelques petits détails.

  • Améliorer sa pédagogie exige beaucoup de temps alors que les enseignants en manquent cruellement.
  • Changer ses pratiques demande énormément de soutien; or le milieu scolaire n’était pas prêt à bien accompagner les enseignants.
  • L’intégration de nouvelles stratégies d’enseignement n’est pas simple, surtout lorsque l’on ne les a jamais connues comme apprenant.
  • Les grandes maisons d’édition ont adapté leur matériel au contenu des nouveaux programmes, mais elles n’ont pas aidé les enseignants à améliorer l’efficacité de leur enseignement.

Mon intention avec cet article n’est point de redorer l’image du projet de la réforme. Je me devais de remettre les pendules à l’heure en faisant entendre une autre réalité, un différent son de cloche qui résonne lorsque l’on tend l’oreille.

Sébastien Gagnon, consultant pédagogique

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3 commentaires sur “Laissez-moi vous raconter la fabuleuse légende de la réforme!

  1. C’est exactement ce que je pense aussi et que je n’arrête pas de dire! Si on avait laissé Mme Marois aller au bout de ce qu’elle a commencé, si le politique (pas seulement les partis, mais aussi les syndicats) ne s’était pas mêlé de pédagogie, peut-être que la réforme aurait pu s’installer comme il se doit!
    En plus, les gens que l’on entend le plus sont ceux qui pourfendent la réforme, contrairement à ceux qui s’y sont mis pleinement pour le bien des élèves!

    Merci pour ce billet réconfortant et plein de bon sens!
    Martin Bellemare, conseiller pédagogique (toujours enseignant!)

    Aimé par 1 personne

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